# Bébé de 19 mois ne parle pas, quand faut-il consulter ?
Le développement du langage chez les tout-petits suscite régulièrement des interrogations légitimes chez les parents. À 19 mois, certains enfants babillent abondamment et combinent déjà quelques mots, tandis que d’autres restent silencieux ou se limitent à quelques vocalisations. Cette variabilité interindividuelle, bien que naturelle, peut générer une inquiétude compréhensible. Les professionnels de santé rappellent qu’un décalage temporaire dans l’acquisition du langage ne signifie pas systématiquement un trouble sous-jacent. Néanmoins, certains signaux d’alerte nécessitent une évaluation spécialisée pour distinguer un simple retard d’un trouble développemental plus profond. La compréhension des étapes typiques du développement linguistique permet aux parents d’adopter une posture vigilante sans tomber dans l’anxiété excessive.
Le développement linguistique typique entre 12 et 24 mois selon les jalons du DSM-5
Les référentiels internationaux, notamment le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), établissent des repères développementaux qui aident les cliniciens à identifier les écarts significatifs. Entre 12 et 24 mois, le langage expressif connaît une progression remarquable, bien que le rythme d’acquisition varie considérablement d’un enfant à l’autre. Cette période charnière marque la transition entre les vocalisations pré-linguistiques et l’émergence d’un système symbolique conventionnel. Les parents doivent garder à l’esprit que les normes statistiques représentent des moyennes populationnelles et non des seuils rigides applicables à chaque individu.
L’apparition des premiers mots entre 10 et 15 mois : variabilité normale
La production des premiers mots conventionnels survient généralement entre 10 et 15 mois, avec une médiane autour de 12 mois. Ces premières productions lexicales concernent typiquement l’entourage immédiat (« papa », « maman »), les objets familiers (« doudou », « biberon ») et les routines quotidiennes (« dodo », « encore »). Un enfant de 12 mois dispose habituellement d’un répertoire lexical de 3 à 10 mots, même si la prononciation reste approximative. Les recherches en psycholinguistique développementale montrent qu’un décalage de plusieurs mois dans cette première étape ne constitue pas nécessairement un indicateur pathologique, surtout si la compréhension verbale progresse normalement.
Les facteurs influençant l’âge d’apparition des premiers mots incluent la qualité des interactions langagières, le tempérament de l’enfant et les caractéristiques de l’environnement linguistique. Certains enfants adoptent une stratégie d’observation prolongée avant de s’engager dans la production verbale, privilégiant la précision à la précocité. Cette approche prudente, parfois qualifiée de style référentiel, contraste avec le profil plus expressif de certains pairs qui multiplient les tentatives d’imitation sans attendre une maîtrise parfaite.
L’explosion lexicale attendue vers 18 mois : seuil des 50 mots
Entre 16 et 20 mois, la majorité des enfants connaissent ce que les spécialistes nomment l’explosion lexicale ou vocabulary spurt. Cette phase se caractérise par une accélération spectaculaire du rythme d’acquisition, avec l’apprentissage de plusieurs mots nouveaux par semaine. Le seu
lexical de 50 mots est souvent cité comme un repère clé : au-delà de ce seuil, la courbe d’acquisition devient plus abrupte, et de nouveaux mots sont intégrés quasi quotidiennement.
À 19 mois, un enfant « dans la moyenne » produit en général entre 20 et 50 mots, tout en comprenant bien davantage d’unités lexicales. Toutefois, il est essentiel de rappeler qu’un enfant peut présenter une compréhension verbale robuste, utiliser de nombreux gestes (pointer, montrer, faire « non » de la tête) et rester sous ce seuil de 50 mots sans que cela signe d’emblée un trouble du langage. Les cliniciens s’attachent donc à évaluer la dynamique du développement (y a‑t‑il une progression, même lente ?) plutôt qu’un chiffre brut figé.
Dans la pratique, on observe souvent deux profils : certains enfants élargissent progressivement leur vocabulaire sans « explosion » spectaculaire, d’autres semblent rester longtemps autour de 10 à 15 mots puis connaissent, en quelques semaines, une augmentation massive de leur lexique. Ce deuxième scénario, bien que parfois anxiogène pour les parents, reste compatible avec un développement typique, surtout si la communication non verbale est riche et les interactions sociales bien investies.
Les combinaisons de deux mots et l’émergence de la syntaxe à 20-24 mois
Entre 20 et 24 mois, l’enfant commence habituellement à combiner deux mots pour exprimer une intention plus précise : « encore eau », « papa parti », « veux bras ». Ces « énoncés télégraphiques » marquent l’entrée dans la syntaxe, même si les flexions grammaticales (articles, pluriels, conjugaisons) sont encore absentes ou approximatives. Le DSM‑5 considère qu’à 24 mois, l’absence quasi totale de combinaisons de deux mots, en dépit d’une exposition linguistique adéquate, constitue un signal d’alerte à investiguer.
Pour un bébé de 19 mois qui ne parle pas encore, la question est donc de savoir s’il se situe simplement en amont de cette étape, avec un décalage modéré, ou s’il existe d’autres indices de difficulté. Un enfant qui pointe, apporte des objets, cherche le regard de l’adulte et réagit aux consignes simples (« va chercher la chaussure », « donne à maman ») a déjà posé des bases importantes pour la future structuration syntaxique. À l’inverse, l’absence d’intentions communicatives claires, même non verbales, incite davantage à une consultation précoce.
Il est utile, pour les parents, de noter sur quelques semaines les associations spontanées produites par l’enfant et non celles répétées sur demande. Ces productions libres reflètent mieux la véritable émergence de la syntaxe que les répétitions imitées, qui peuvent masquer certaines fragilités sous-jacentes. Vous pouvez par exemple tenir un petit carnet de « premiers énoncés » pour objectiver les progrès, même s’ils vous paraissent minimes au quotidien.
Les différences garçons-filles dans l’acquisition du langage précoce
De nombreuses études longitudinales montrent une légère avance moyenne des filles sur les garçons dans l’acquisition du langage précoce, tant en vocabulaire qu’en complexité syntaxique. À 24 mois, les filles ont statistiquement un lexique productif un peu plus riche et produisent davantage de combinaisons de mots. Toutefois, ces écarts sont modestes et les courbes de développement se recouvrent largement : il existe des garçons très précoces sur le plan langagier et des filles qui démarrent plus tardivement.
Pour un garçon de 19 mois qui ne parle pas encore, il est donc inutile de se rassurer aveuglément en invoquant uniquement le sexe, mais tout aussi inapproprié de conclure hâtivement à un trouble. Les professionnels s’intéressent davantage à la globalité du développement (motricité, jeux symboliques, interactions sociales) qu’à une comparaison stéréotypée « filles versus garçons ». En pratique, les mêmes jalons de langage et les mêmes seuils d’alerte s’appliquent aux deux sexes, même si la variabilité intra‑groupe est importante.
Les attentes sociales peuvent aussi influencer la perception parentale : on tolère parfois davantage un « petit garçon silencieux » qu’une fillette du même âge, ce qui peut retarder la consultation. À l’inverse, certaines familles s’inquiètent très tôt parce qu’un aîné – souvent une sœur – parlait « parfaitement » à 18 mois. Il est donc utile de se détacher des comparaisons intrafamiliales et de s’appuyer sur des repères objectifs pour décider quand consulter.
Retard de langage expressif versus trouble développemental du langage (TDL)
À 19 mois, la ligne de démarcation entre un simple retard de langage expressif et un trouble développemental du langage (TDL) n’est pas toujours nette. Les cliniciens parlent souvent d’enfant Late Talker (« parleur tardif ») lorsque le bébé présente peu ou pas de mots mais une compréhension préservée et une communication non verbale adaptée. Le TDL, lui, correspond à un trouble neurodéveloppemental durable, avec des répercussions sur la structuration du langage au long cours.
Le diagnostic différentiel du late talker à 19 mois
Un Late Talker se caractérise classiquement par un vocabulaire productif inférieur à 10‑20 mots autour de 18‑24 mois, alors que la compréhension du langage et les interactions sociales sont jugées satisfaisantes. L’enfant pointe, imite des gestes, suit des consignes simples, réagit à son prénom et manifeste un fort désir de communiquer, mais privilégie les gestes et les vocalisations plutôt que les mots. Dans ce profil, on observe fréquemment une évolution spontanément favorable, avec une nette accélération du langage entre 2 et 3 ans.
À l’inverse, lorsque le manque de mots s’accompagne d’une compréhension limitée, d’un contact oculaire pauvre, d’un désintérêt pour le jeu partagé ou d’une absence de pointage, on s’éloigne du tableau typique du Late Talker. C’est alors l’ensemble du développement qui doit être évalué, et non le seul aspect linguistique. Le rôle du pédiatre et de l’orthophoniste est précisément d’opérer ce diagnostic différentiel en s’appuyant sur des outils standardisés, plutôt que sur une impression subjective.
Pour les parents, quelques questions simples peuvent aider à se repérer : votre enfant tente‑t‑il de vous montrer des choses pour partager un intérêt ? Réagit‑il lorsqu’on lui demande quelque chose de familier, même sans geste explicite ? Cherche‑t‑il votre regard lorsqu’il a besoin d’aide ? Si la réponse est globalement oui, il est plus probable que l’on soit face à un retard de langage expressif isolé, sans préjuger pour autant de l’évolution à plus long terme.
Les critères diagnostiques du trouble du langage selon l’OMS et la CIM-11
La Classification internationale des maladies (CIM‑11) de l’OMS regroupe les troubles du langage sous la catégorie des troubles du développement du langage. Ces troubles se définissent par des difficultés durables et significatives dans la compréhension, la production ou l’utilisation du langage, qui ne s’expliquent pas uniquement par un déficit auditif, une déficience intellectuelle globale, un trouble neurologique ou une exposition linguistique insuffisante. Le retentissement fonctionnel sur la vie quotidienne, les interactions sociales et, plus tard, les apprentissages scolaires est un élément central du diagnostic.
Chez le tout‑petit de moins de 3 ans, on ne pose en général pas formellement le diagnostic de TDL, mais on peut parler de trouble de la communication émergent ou de « risque élevé de TDL » lorsque plusieurs indicateurs convergent : retard marqué, stagnation des acquisitions, antécédents familiaux de troubles du langage, et autres signes neurodéveloppementaux associés. L’évaluation se fait toujours dans une perspective évolutive, avec des réévaluations régulières pour affiner le pronostic.
Concrètement, cela signifie que si votre bébé de 19 mois ne parle pas, mais progresse sur le plan de la compréhension, du jeu symbolique et de la socialisation, les professionnels adopteront souvent une attitude de surveillance active, assortie de conseils de stimulation. En revanche, si plusieurs domaines du développement semblent touchés simultanément, une prise en charge pluridisciplinaire plus rapide sera proposée, sans attendre l’âge scolaire pour intervenir.
Le retard simple de parole : pronostic et évolution spontanée
Le « retard simple de parole » désigne un décalage dans la production des sons et des mots, en l’absence d’atteinte des autres domaines (compréhension, cognition, relationnel). Beaucoup d’enfants avec ce profil rattrapent leur retard entre 3 et 5 ans, surtout lorsqu’ils bénéficient d’un environnement riche en interactions verbales et d’une éventuelle guidance parentale ciblée. On estime qu’environ la moitié des enfants parlant très peu à 2 ans présentent, à 4‑5 ans, un niveau de langage comparable à celui de leurs pairs.
Cependant, un retard expressif isolé n’est pas anodin pour autant. Il peut fragiliser l’estime de soi, générer de la frustration et compliquer les interactions avec les pairs à l’entrée en collectivité. De plus, une proportion non négligeable de ces enfants restera plus vulnérable face aux apprentissages écrits (lecture, orthographe) si aucune intervention précoce n’est proposée. C’est pourquoi de nombreux orthophonistes préconisent un bilan lorsqu’un bébé de 19 mois ne parle pas et présente encore très peu de mots à 24 mois.
Dans la prise de décision, l’histoire familiale joue aussi un rôle : la présence de troubles spécifiques du langage, de dyslexie ou de difficultés scolaires marquées chez les parents ou la fratrie augmente la probabilité d’un trouble persistant. Dans ces contextes, il est souvent recommandé de ne pas se contenter d’attendre que « ça vienne tout seul », mais de mettre en place des ajustements précoces pour offrir à l’enfant les meilleures chances de rattrapage.
Les signaux d’alerte neuropsychologiques nécessitant une consultation rapide
Si tous les enfants qui parlent peu à 19 mois n’ont pas un trouble, certains signes doivent néanmoins inciter à consulter sans délai. Ces signaux d’alerte concernent autant la qualité de la communication non verbale que les productions verbales elles‑mêmes. Ils permettent de repérer précocement des tableaux plus complexes, comme les troubles du spectre de l’autisme ou certains déficits sensoriels.
L’absence de babillage conversationnel et de proto-mots à 12 mois
Le babillage conversationnel, avec alternance de sons et variations d’intonation, apparaît typiquement entre 9 et 12 mois. L’enfant « raconte » quelque chose dans son jargon, répond à la voix de l’adulte, module ses vocalisations comme s’il participait à une conversation. Parallèlement, émergent parfois les proto‑mots : des séquences sonores stables, propres à l’enfant, utilisées de façon cohérente pour désigner un objet ou une routine (« gaga » pour le biberon, par exemple).
L’absence quasi complète de babillage varié à 10‑12 mois, ou la persistance de vocalisations pauvres et monotones, constitue un signal d’alerte. De même, un bébé qui ne produit aucun son pour attirer l’attention, protester ou commenter ce qu’il voit mérite une évaluation. Ces signes ne suffisent pas à poser un diagnostic, mais ils justifient au minimum un contrôle ORL (pour exclure une surdité) et un avis spécialisé en développement de l’enfant.
En tant que parent, vous pouvez vous demander : « Mon enfant joue‑t‑il avec sa voix ? Imite‑t‑il les intonations de l’adulte, même sans dire de vrais mots ? » Si la réponse est non, mieux vaut en parler à votre médecin plutôt que d’attendre l’entrée en maternelle. Une prise en charge précoce est d’autant plus efficace qu’elle s’appuie sur ces périodes sensibles de plasticité cérébrale.
Le déficit de compréhension verbale et de communication non-verbale
La compréhension précède toujours l’expression. Un enfant qui ne parle pas mais comprend de nombreuses situations et consignes est dans une position bien différente d’un enfant qui semble peu réagir au langage adressé. Un déficit de compréhension verbale se manifeste par une difficulté récurrente à suivre des instructions simples adaptées à l’âge (« donne la balle », « viens ici »), malgré un environnement calme et un interlocuteur connu.
La communication non verbale (regard, pointage, mimiques, gestes sociaux comme « au revoir ») est un autre pilier à observer. Un bébé qui ne pointe jamais du doigt pour montrer quelque chose à distance, qui ne tend pas les bras pour être pris, qui ne regarde pas alternativement un objet et le visage du parent pour partager un intérêt, présente des signaux d’alerte importants. On parle alors de déficit de communication intentionnelle, qui déborde largement le seul domaine du langage oral.
Dans ces situations, l’enjeu n’est pas simplement de « faire parler » l’enfant, mais de soutenir plus globalement ses compétences de communication. Le médecin orientera souvent vers une équipe pluridisciplinaire (pédiatre du développement, orthophoniste, psychomotricien, parfois CAMSP ou CMPP) pour construire un plan d’intervention adapté.
Les marqueurs précoces des troubles du spectre autistique (TSA)
Les troubles du spectre de l’autisme se manifestent précocement par des particularités de la communication sociale et des comportements répétitifs ou restreints. Certains marqueurs peuvent être observés dès la deuxième année de vie : faible contact oculaire, peu de sourires sociaux, absence de jeu de faire semblant, intérêt limité pour les autres enfants, réactions atypiques aux sons ou aux changements de routine. Le retard de langage n’est qu’un élément parmi d’autres dans ce tableau.
À 19 mois, un bébé qui ne parle pas mais qui rit avec ses parents, montre des jouets, imite des gestes et joue « à nourrir la poupée » n’évoque pas d’emblée un TSA. En revanche, un enfant qui semble « dans sa bulle », passe beaucoup de temps à aligner des objets, se montre très sensible à certains bruits et n’utilise pas le regard pour communiquer mérite une évaluation spécialisée, même si quelques mots isolés sont présents. L’absence de pointage protodéclaratif (pointer pour partager un intérêt, et non seulement pour demander) est particulièrement évocatrice.
Identifier ces marqueurs tôt ne revient pas à « coller une étiquette » à votre enfant, mais à lui offrir un accompagnement adapté dès que possible. Les interventions précoces centrées sur la communication et l’interaction parent‑enfant ont montré des effets positifs sur l’évolution des enfants avec TSA, ce qui plaide pour une vigilance active plutôt que pour l’attentisme.
La régression langagière après une période d’acquisition normale
Un autre signal d’alerte majeur est la régression : un enfant qui avait commencé à dire quelques mots, à babiller abondamment ou à utiliser des gestes sociaux, puis qui perd progressivement ces acquisitions. Cette perte peut concerner le langage, mais aussi d’autres domaines (perte d’intérêt pour le jeu, diminution des interactions, apparition de comportements inhabituels). Dans ce cas, il ne s’agit plus d’un simple retard mais d’une rupture dans la trajectoire développementale.
Une régression langagière entre 15 et 30 mois doit toujours conduire à consulter rapidement. Elle peut être liée à un TSA, à certains troubles neurologiques ou à des événements médicaux spécifiques (par exemple une épilepsie partielle complexe). Le médecin évaluera le contexte, la chronologie des symptômes et, si nécessaire, orientera vers des examens complémentaires (EEG, imagerie, bilans spécialisés).
Pour les parents, le repérage passe souvent par le sentiment que « quelque chose s’est éteint » chez l’enfant : il vocalise moins, ne répond plus quand on l’appelle, semble moins présent dans l’échange. Si vous avez cette impression, même si l’entourage se veut rassurant, faites‑en part sans tarder à un professionnel de santé. Là encore, intervenir tôt permet souvent de limiter l’ampleur des répercussions.
Le bilan orthophonique pluridisciplinaire : examens et tests standardisés
Lorsqu’un bébé de 19 mois ne parle pas ou très peu, le bilan orthophonique s’inscrit idéalement dans une approche pluridisciplinaire. L’objectif n’est pas seulement de compter les mots, mais d’évaluer l’ensemble de la communication, la compréhension, la motricité bucco‑faciale et le contexte environnemental. Plusieurs outils standardisés, validés scientifiquement, sont utilisés pour objectiver les forces et les fragilités de l’enfant.
L’évaluation par l’inventaire français du développement communicatif (IFDC)
L’Inventaire Français du Développement Communicatif (IFDC) est un questionnaire rempli par les parents, inspiré des célèbres MacArthur-Bates Communicative Development Inventories. Il permet d’estimer, à différents âges, le vocabulaire compris et produit, ainsi que certains gestes et formes de communication. Pour un enfant de 19 mois, l’IFDC offre une photographie précise du répertoire lexical, bien plus fiable qu’une estimation « à la louche ».
Le professionnel remet aux parents une liste de mots et d’expressions courantes ; ces derniers indiquent ceux que leur enfant comprend, ceux qu’il produit, et la fréquence d’utilisation. Les résultats sont ensuite comparés à des normes établies sur de larges échantillons d’enfants francophones. L’intérêt de cet outil est double : il met en lumière des compétences parfois sous‑estimées (par exemple un grand nombre de mots compris), et il permet de repérer un décalage significatif par rapport à la moyenne d’âge.
Pour vous, parent, participer à cette évaluation est aussi l’occasion de prendre conscience de la richesse des tentatives de communication de votre enfant. Vous pouvez découvrir qu’il comprend bien plus de mots que vous ne l’imaginiez, ou au contraire réaliser que certaines notions basiques ne sont pas encore acquises, ce qui orientera différemment la prise en charge.
Le test ERTL4 et l’examen phonético-phonologique adapté
Le test ERTL4 (Évaluation Rapide du Langage de l’Enfant de 4 ans) est conçu pour des enfants plus âgés, mais certains de ses principes inspirent les évaluations précoces. Chez le tout‑petit, l’orthophoniste construit souvent un examen phonético‑phonologique sur mesure, utilisant des images, des jeux d’imitation et des situations de communication naturelle pour observer la production de sons et de syllabes.
On s’intéresse notamment à la diversité des consonnes produites, à la capacité de répéter des sons simples, à la coordination des mouvements de la langue et des lèvres. Un inventaire consonantique très limité à 19‑24 mois, associé à des difficultés de motricité bucco‑faciale (mâchonnement pauvre, bavage, difficulté à souffler), peut orienter vers un retard de parole ou une dyspraxie verbale. L’orthophoniste vérifiera aussi si certaines erreurs sont typiques pour l’âge (comme dire « toto » pour « gâteau ») ou plus atypiques.
Cette observation fine aide à distinguer un enfant qui ne parle pas parce qu’il ne se lance pas encore dans la production de mots, d’un enfant qui essaie mais rencontre des obstacles moteurs ou phonologiques. Les axes de rééducation ne seront pas les mêmes selon le profil identifié.
Le bilan ORL et audiométrique : dépistage de l’otite séreuse chronique
Un bilan auditif est une étape incontournable lorsque le langage tarde à se mettre en place. Une surdité même légère, ou une otite séreuse chronique (présence persistante de liquide derrière le tympan), peut altérer la perception des sons de la parole et freiner l’acquisition du langage. L’enfant entend alors « comme sous l’eau », ce qui entraîne une exposition dégradée au signal linguistique.
Le spécialiste ORL réalise un examen clinique complet, éventuellement complété par une tympanométrie et une audiométrie adaptée à l’âge (audiométrie comportementale ou potentiels évoqués auditifs). Ces tests sont indolores et rapides. S’ils mettent en évidence une atteinte auditive, un traitement sera proposé (simple surveillance, pose d’aérateurs transtympaniques, etc.), et un suivi orthophonique pourra être associé pour accompagner le rattrapage langagier.
Beaucoup de parents s’étonnent : « Il entend bien, il réagit quand on ouvre le paquet de gâteaux ! ». Mais percevoir certains bruits forts ou familiers ne garantit pas une audition fine suffisante pour distinguer toutes les consonnes du langage. D’où l’importance de vérifier objectivement l’audition, plutôt que de se fier uniquement à l’observation quotidienne.
L’évaluation cognitive par les échelles de Brunet-Lézine révisées
Les échelles de Brunet‑Lézine révisées évaluent le développement global de l’enfant de 2 à 30 mois dans quatre domaines : motricité, langage, socialisation et coordination. Elles permettent de calculer un quotient de développement (QD) global et des QD par secteur. Utilisées par les psychologues et certains pédiatres spécialisés, elles aident à déterminer si le retard de langage s’inscrit dans un développement globalement harmonieux ou s’il s’accompagne d’autres décalages.
Un QD global dans la moyenne avec un QD langage un peu plus faible oriente plutôt vers un retard langagier spécifique. En revanche, des scores bas dans plusieurs domaines peuvent faire suspecter une déficience intellectuelle débutante ou un trouble neurodéveloppemental plus diffus. Cette distinction est importante pour ajuster le niveau d’attentes, le type d’interventions proposées et le rythme de suivi.
Pour les parents, ces évaluations peuvent être déstabilisantes, car elles objectivent un décalage parfois pressenti. Elles ont toutefois un avantage majeur : elles fournissent un point de départ clair pour mesurer les progrès au fil du temps et pour plaider, si besoin, en faveur de dispositifs d’accompagnement renforcés.
Les facteurs étiologiques du retard de parole à 19 mois
Comprendre les causes possibles d’un retard de parole permet de mieux cibler les actions à mener. Dans de nombreux cas, plusieurs facteurs se combinent : vulnérabilités individuelles, antécédents médicaux, contexte environnemental. Il ne s’agit pas de chercher un « coupable », mais d’identifier les leviers sur lesquels on peut agir.
Le frein de langue restrictif (ankyloglossie) et ses conséquences articulatoires
L’ankyloglossie, ou frein de langue restrictif, correspond à un attachement trop court ou trop serré de la langue au plancher buccal. On en parle souvent pour les difficultés d’allaitement, mais ce facteur peut aussi interférer avec la motricité linguale nécessaire à la production de certains sons. Un enfant avec un frein très court peut avoir du mal à élever ou projeter sa langue, ce qui complique l’articulation de consonnes comme /l/, /t/ ou /d/.
À 19 mois, l’impact sur le langage est encore difficile à apprécier isolément, car l’enfant n’est pas censé maîtriser tous les sons. Néanmoins, en présence d’autres signes (succion difficile, mastication laborieuse, frustration à l’oral), le frein de langue mérite d’être examiné par un ORL ou un chirurgien maxillo‑facial. Une section (freinectomie) peut être proposée dans certains cas, souvent en association avec un accompagnement orthophonique pour optimiser la rééducation des mouvements de la langue.
Il ne faut cependant pas attribuer systématiquement un retard de parole à un frein de langue : beaucoup d’enfants avec ankyloglossie développent un langage tout à fait normal. Là encore, seule une évaluation globale et pluridisciplinaire permet de pondérer ce facteur parmi d’autres.
L’exposition linguistique réduite et l’impact du bilinguisme précoce
Un environnement pauvre en interactions verbales, avec peu de temps de jeu partagé et une forte exposition aux écrans, peut ralentir l’acquisition du langage. Le cerveau du jeune enfant a besoin d’échanges vivants, où l’adulte répond à ses initiatives, module sa voix, regarde, mime, attend une réponse. Les contenus audiovisuels, même « éducatifs », ne remplacent pas cette co‑construction interactive. Limiter les écrans et privilégier les moments de lecture, de chansons et de jeu symbolique est donc une mesure simple et efficace pour soutenir le langage.
Le bilinguisme précoce, quant à lui, ne cause pas de trouble du langage en soi. Un enfant exposé à deux langues dès la naissance peut mettre un peu plus de temps à atteindre certains jalons expressifs dans chacune des langues, mais son développement global reste comparable à celui des enfants monolingues. Il est même probable qu’il développe des compétences cognitives particulières (flexibilité mentale, attention sélective) à plus long terme.
Cependant, en situation de retard de parole à 19 mois, le contexte bilingue complique parfois l’analyse : les parents peuvent sous‑estimer ou surestimer le vocabulaire si l’on ne tient compte que d’une langue. Les orthophonistes recommandent de comptabiliser l’ensemble des mots produits, toutes langues confondues. Si un enfant utilise 20 mots en français et 15 en portugais, par exemple, il dispose de 35 mots de vocabulaire productif, ce qui change la perspective.
Les antécédents périnataux : prématurité et hypoxie néonatale
Certains antécédents périnataux augmentent le risque de retard de langage : grande prématurité (avant 32 semaines), souffrance néonatale avec hypoxie, petit poids de naissance, complications neurologiques précoces. Dans ces cas, le cerveau en développement a pu être fragilisé, ce qui impacte parfois plusieurs domaines, dont la communication.
Les équipes de néonatologie proposent généralement un suivi spécifique pour ces enfants, avec des bilans réguliers en centre de suivi des prématurés ou en CAMSP. Si votre enfant est né prématuré et ne parle pas à 19 mois, il est particulièrement important de vous appuyer sur ce réseau pour organiser une évaluation globale. La notion d’« âge corrigé » (âge calculé à partir de la date prévue d’accouchement) doit également être prise en compte pour interpréter les jalons de développement.
Même en présence de ces facteurs de risque, il ne faut pas perdre de vue la grande plasticité cérébrale des premières années. Un accompagnement précoce, ciblé sur les interactions, le jeu et la communication, permet souvent de compenser en partie les vulnérabilités initiales et d’améliorer le pronostic fonctionnel.
La prise en charge orthophonique précoce et les méthodes d’intervention
Lorsque le bilan met en évidence un retard de langage ou un risque de trouble développemental, la mise en place d’une prise en charge précoce est recommandée. À cet âge, l’intervention orthophonique passe autant par le travail direct avec l’enfant que par le coaching parental, car vous êtes la personne qui passe le plus de temps avec lui et qui peut transformer le quotidien en terrain de jeu langagier.
L’approche hanen : programme « il était une fois » pour parents
Les programmes Hanen, développés au Canada, sont des approches basées sur les preuves visant à entraîner les parents à devenir des partenaires de communication plus efficaces pour leur enfant. Le programme « It Takes Two to Talk » a été adapté en français sous différentes formes, parfois sous des intitulés comme « Il était une fois » ou « Parler, un jeu à deux ». L’idée centrale est simple : plutôt que de multiplier les injonctions (« dis merci », « répète après moi »), on apprend aux parents à suivre l’initiative de l’enfant, à commenter plutôt qu’interroger, et à créer des occasions naturelles de communication.
Concrètement, on vous propose d’ajuster votre manière de parler (phrases plus courtes, mots clés répétés), de vous mettre physiquement au niveau de votre enfant, de laisser des pauses pour qu’il puisse répondre, et de valoriser toutes ses tentatives, même non verbales. Des vidéos, des jeux de rôle et des observations en situation sont utilisés pour vous aider à repérer ce qui favorise ou freine les échanges. De nombreuses études montrent que ces programmes améliorent significativement la fréquence et la qualité des interactions, ce qui, à terme, soutient l’émergence du langage.
Si vous avez l’impression de « ne plus savoir quoi dire » à votre bébé qui ne parle pas, ce type d’accompagnement peut être particulièrement libérateur : il vous redonne des clés concrètes pour renouer un dialogue riche, même sans mots.
La stimulation langagière par la méthode de makaton et les signes associés
Le Makaton est un programme de communication qui combine des signes (inspirés de la langue des signes) et des pictogrammes à la parole. Il est utilisé auprès d’enfants qui parlent peu ou pas, afin de leur offrir un moyen d’expression alternatif tout en stimulant le langage oral. Contrairement à une idée reçue, utiliser des signes ne bloque pas l’apparition de la parole ; au contraire, cela réduit la frustration et sert souvent de tremplin vers le langage parlé.
Avec un enfant de 19 mois, l’orthophoniste peut proposer aux parents quelques signes de base (manger, encore, maman, papa, dodo, jouer) à utiliser systématiquement en parallèle des mots. L’enfant comprend plus facilement grâce au support visuel et gestuel, et peut commencer à reproduire certains signes avant de pouvoir prononcer les mots correspondants. Petit à petit, les mots viennent se greffer sur ces supports, puis les signes s’estompent lorsque le langage oral prend le relais.
Cette approche est particulièrement utile lorsque le retard de parole s’accompagne de difficultés motrices orales, de troubles praxiques ou d’un TSA. Elle permet de rétablir un canal de communication fonctionnel, ce qui a un impact immédiat sur le comportement, l’estime de soi et la qualité du lien parent‑enfant.
Les applications thérapeutiques : efficacité des tablettes numériques adaptées
Les tablettes numériques et applications dites « éducatives » suscitent un intérêt croissant, mais aussi des réserves. Utilisées sans cadre, elles peuvent renforcer la passivité et réduire les interactions humaines, ce qui va à l’encontre des besoins du jeune enfant. En revanche, intégrées de manière ciblée dans un projet thérapeutique, certaines applications peuvent constituer un support intéressant pour la rééducation orthophonique.
Des applications de communication alternative (tableaux d’images, synthèse vocale) ou de jeux de vocabulaire interactifs peuvent, par exemple, être utilisées en séance pour motiver l’enfant, structurer son attention et illustrer des concepts. L’orthophoniste veille alors à ce que la tablette soit un outil de médiation et non un substitut à la relation : chaque activité est accompagnée de commentaires, de questions ouvertes, de tours de parole partagés.
À la maison, il est recommandé de réserver l’usage de ces outils à des temps courts, co‑regardés et co‑commentés avec l’adulte, plutôt que de laisser l’enfant seul face à l’écran. Vous pouvez par exemple utiliser une application de livres animés en commentant les images, en posant des petites questions et en laissant votre enfant toucher l’écran pour faire apparaître des éléments, comme vous le feriez avec un livre papier. Ainsi, le numérique devient un support supplémentaire d’échanges, et non une source d’isolement.